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Vers une action de l'OPEP le 27 novembre prochain ? L'analyse d'IFPEN à la lumière des leçons du passé

 20 novembre 2014

Après avoir fluctué dans une fourchette de 100 à 120 $/b entre fin 2010 et mi-2014, le prix du Brent enregistre une baisse quasi continue depuis maintenant plusieurs mois. Il s’établit aujourd’hui à moins de 80 $/b, soit une diminution de 30 % depuis le mois de juin.

Ralentissement de l’activité économique mondiale, notamment dans les pays Non-OCDE principaux responsables de l’augmentation de la demande pétrolière depuis la fin des années 90, hausse de la production dans les pays Non-OPEP avec le développement des Light-Tight-Oil nord-américains, plus récemment, augmentation non-anticipée de la production Libyenne et maintien contre toute attente de la production Irakienne, sont autant d’éléments qui contribuent à expliquer la baisse des prix observée sur les derniers mois.

Sur la base des anticipations actuelles de consommation et de production mondiales, l’estimation de l’équilibre offre-demande est globalement, pour l’année 2015, marquée par un excédent d’offre d’un peu plus de 1Mb/j, une situation qui contraste avec les années antérieures.

Compte-tenu de cette situation, l’annonce que fera l’OPEP au marché le 27 novembre prochain est attendue avec impatience. L’analyse historique des positions prises par le cartel dans un contexte de chute brutale des prix montre que, quand l’organisation envoie le message d’une révision de ses quotas ou allocations de production, le prix du baril de pétrole se redresse.

 

Les enseignements du passé

Depuis le début des années 80, l’OPEP est intervenue sur le marché plus d’une cinquantaine de fois, soit en fixant des quotas ou allocations par pays, soit en annonçant un objectif de production globale. Sur cette période, l’organisation est intervenue 22 fois à la baisse et 27 fois à la hausse.

En 1986, conséquence d’une offre abondante et d’une demande mondiale qui peine à retrouver son niveau record de 1979, le prix du pétrole baisse rapidement. Il est divisé par 3 entre la fin de l’année 1985 et le mois de juillet 1986. Depuis 1981, le marché pétrolier a connu plusieurs accès de faiblesse, mais le prix du baril s’est à chaque fois maintenu par la seule vertu des décisions prises par l’OPEP de réduire sa production. La belle cohésion au sein de l’organisation devient cependant de plus en plus fragile, au fur et à mesure que la part de marché de l’Arabie Saoudite, principal acteur de la baisse de production, s’amenuise. A l’automne 1985, le royaume décide de reprendre sa liberté en matière de fixation des prix et des quantités. La réaction du marché est sans appel : dévissage du cours du baril qui passe sous la barre des 10 $. Il faut un nouvel accord entre les membres de l’OPEP en août 1986 et un retour à une politique de plafonnement de la production pour que la chute s’arrête et que le prix moyen mensuel revienne à plus de 17 $/b début 1987.

En 1998, avec la crise asiatique, la demande mondiale qui augmentait à un rythme de 2 à 3 % par an depuis 1994 marque un brutal ralentissement, avec un rythme de croissance qui se réduit à 0,7 % seulement. Pendant ce temps, la production continue d’augmenter à un rythme soutenu.

L’OPEP décide de réagir, mais tardivement, en abaissant son plafond de production de 4.3 mb/j en trois fois (avril, juillet 1998 et avril 1999). Avant la crise économique, début 1997, le prix du brut était en moyenne de 19.6 $/b (janvier à juin) proche du breakeven fiscal moyen de l’organisation, c'est-à-dire du niveau de prix garantissant en moyenne aux Etats l’équilibre budgétaire. En 1998, le prix du brut est tombé à 12.5 $/b pour remonter au-dessus de la moyenne historique 3 mois après la dernière réduction de quota.

Plus récemment, au cours de la crise économique de 2008-2009, afin d’enrayer une chute vertigineuse du prix du Brent qui allait passer de plus de 144 $/b à moins de 35 $/b en un peu moins de 6 mois, l’OPEP a réduit sa production de 4.8 mb/j en trois fois (octobre, novembre 2008 et janvier 2009). Suite à la dernière intervention, il faudra encore environ 3 mois pour que le prix du baril remonte au-dessus des 50 $/b, prix moyen d’équilibre fiscal de l’organisation à l’époque. La baisse de janvier 2009, de 2.5 mb/j est la plus importante faite par l’OPEP, c’est également la dernière.

 

La situation actuelle de l’OPEP

Depuis janvier 2012, l’OPEP a fixé son objectif à 30 mb/j pour l’ensemble des membres du cartel, y compris l’Irak. Cette longue période (35 mois) sans réajustement du plafond de production fait suite à une autre période étendue de stabilité de janvier 2009 à décembre 2011 où le plafond est resté fixé à 24.845 mb/j. Cette position contraste avec le rythme d’intervention passé de l’organisation sur le marché, où les annonces d’ajustement des niveaux de production étaient beaucoup plus fréquentes, fonction de l’évolution de la balance offre /demande mondiale.

Depuis 2012 et l’augmentation de la production des non-OPEP (principalement Nord-américaine), la part de marché du cartel est en baisse constante, passant en 2013 sous la barre des 40 %. Dans sa dernière étude (2014 World Oil Outlook), l’OPEP prévoit même une poursuite de cette tendance, avec une part de marché qui passerait à 37 % en 2019.

 

Vers une action de l’OPEP le 27 novembre prochain ?

Avec la perspective d’un prix du brut durablement en-dessous du breakeven fiscal actuel des pays de l’OPEP estimé à 105.4 $/b (source : Arab Petroleum Investment Corporation –APIC -), une prochaine intervention de l’organisation semblerait logique. Pourtant, l’issue de la réunion du 27 novembre prochain est loin d’être actée, tant les dissensions entre les membres du cartel sont grandes avec d’un côté, le Venezuela et l'Équateur, qui plaident publiquement pour une réduction de la production et d’autres, comme le Koweït, totalement opposés à une réduction, estimant que le marché absorbera l’offre excédentaire compte tenu d’une demande mondiale certes faible mais toujours croissante.

Comme toujours la position de l’Arabie Saoudite, qui regarde avec attention et inquiétude l’évolution de sa part de marché sera déterminante. Le pays pourrait être tenté par une position d’attente. L’Arabie Saoudite a une situation financière plus solide que la plupart de ses partenaires : l’attentisme permettrait de faire pression sur ces derniers les conduisant à accepter de réduire leur production également. Le Royaume éviterait de renouveler le scénario de 1985 qui l’avait vu supporter seul la baisse de la production. Attendre permettrait également d’exclure du marché une partie de la production nord-américaine (celle offrant les coûts les plus élevés), même si les progrès techniques récents ont permis de réduire significativement le coût de ces pétroles non-conventionnels.

La prochaine réunion de l’OPEP à Vienne se déroulera dans un climat géopolitique particulièrement tendu, avec un Moyen-Orient marqué par les révolutions arabes. De plus, un accord sur le nucléaire iranien le 24 novembre modifierait de façon importante les rapports de forces entre les membres de l’organisation. Les traders londoniens ont l’habitude de dire de l’OPEP que l’organisation telle une théière donne du bon thé quand l’eau est très chaude. La question est donc : « l’eau est-elle assez chaude » pour que l’organisation, tirant les enseignements du passé, prenne des décisions dès le 27 novembre ?

Les enseignements du passé montrent que de toute évidence l’OPEP aura à réagir dans les mois qui viennent.

Contact presse : Anne-Laure de Marignan – Tél. : 01 47 52 62 07 – anne-laure.de-marignan@ifpen.fr

 


 

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