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Marché pétrolier : stratégie OPEP face à un changement de structure du marché

18 Mars 2015

La baisse rapide du prix du pétrole depuis six mois amène à s’interroger sur la structure du marché pétrolier. Est-ce un mouvement cyclique classique dans les marchés de matières premières comparable à ceux qu’on a connus depuis le premier choc pétrolier ? Ou bien est-ce un changement structurel comparable au bouleversement du système des Sept Sœurs par l’émergence de l’OPEP il y a plus de 40 ans ?

A court terme, ce sont les ajustements progressifs du triptyque offre / demande / prix du pétrole qui permettront de déterminer un nouvel équilibre afin d’éliminer les excédents. En raison du contexte géopolitique et de l’inertie du secteur énergétique, le marché devrait rester très volatile dans les mois qui viennent. L’impact sur la production de la baisse des prix et des investissements n’est pas immédiat du fait de la nature des contrats de forage et de la pratique de certains opérateurs de recourir à des couvertures financières de leur production. De même, l’impact sur la demande est différé et atténué par les taxes ou les subventions appliquées sur les produits.

A moyen terme (1 à 3 ans), on peut envisager des scénarios diversifiés en fonction des hypothèses retenues concernant le caractère cyclique du marché, l’émergence d’un nouveau modèle et le rôle de l’OPEP.

Concernant le caractère cyclique du marché, c’est un phénomène que le secteur pétrolier partage avec l’ensemble des matières premières. Les bas prix du pétrole induisent une baisse des investissements et donc de la production. La demande des pays consommateurs est boostée. Il s’ensuit le rétablissement d’un équilibre offre/demande et donc un redressement des prix. C’est ce que l’on a observé depuis 40 ans : un prix déprimé en 1970, une pointe en 1980, à nouveau un creux au milieu des années 90 et le pic des années 2008/2014 (à l’exception de l’année 2009 d’ajustement conjoncturel à la crise des subprimes).

Cette dernière période de prix élevés a bien évidemment favorisé les investissements pétroliers dans des zones à risque à l’image de ce qui s’est passé en offshore dans les années 70. L’émergence des « shale oil » ou LTO (Light Tight Oil) est le fruit de cette prise de risque rendue possible par la hausse passée du prix du pétrole. Le résultat est un changement inattendu du marché pétrolier caractérisé par la croissance exceptionnelle des LTO aux Etats-Unis. L’excédent de l’offre en résultant par rapport à une demande moins forte qu’anticipée a conduit à une division par deux des prix.

Il reste à déterminer ce que sera la réaction de l’OPEP lors de la réunion prévue en juin. L’histoire récente montre que lors des précédents contre-chocs pétroliers (1986 – 1998 – 2008), l’OPEP a adressé, après quelques mois, un signal fort au marché en décidant une réduction de sa production (cf. note du 18 novembre 2014 en annexe). Le marché a immédiatement rebondi, les prix ont progressivement remonté. Les divergences actuelles au sein de l’OPEP font douter d’un accord dans un avenir proche. L’Arabie Saoudite privilégie clairement l’hypothèse d’un changement structurel du marché pétrolier et il paraît peu crédible de voir ce pays changer de stratégie à court terme. Ainsi, l’OPEP et en particulier les monarchies du Golfe ne veulent plus être les « swing producers » qui assurent l’équilibre entre l’offre et la demande et en conséquence maîtrisent les prix. Mais on ne peut exclure à terme, pour des raisons géopolitiques en particulier, un deuxième scénario de reprise en main du marché par l’OPEP.

Dans le premier scénario, la décision OPEP de ne pas réduire sa production a pour conséquence de transférer le rôle de « swing producer » non seulement aux producteurs nord-américains, mais plus généralement à l’ensemble des pays non OPEP. L’ « empilement » des offres sera donc inversé, les pays OPEP assurant la base et les non OPEP venant compléter les besoins du marché. Les LTO américains, plus réactifs aux prix, définiront le prix de référence. A moyen-long terme néanmoins, il est envisageable que des pétroles aux coûts plus élevés redeviennent nécessaires si le potentiel des LTO s’avérait insuffisant ou si l’offre OPEP était défaillante. Ce scénario représente un changement structurel majeur du marché pétrolier tel qu’il fonctionnait depuis 1973 après l’effondrement du système des Sept Sœurs.

Dans cette configuration, qui signifie de facto la fin du cartel, certains analystes estiment que le prix devrait se redresser au cours du deuxième semestre à environ 70 $/b. D’autres analystes considèrent que le prix pourrait rester dans une fourchette de 40/60 $/b dans les 18 mois à venir. Ils basent leur analyse sur un faible rebond de l’offre et sur un effet modeste de la baisse des prix sur la demande de produits pétroliers. Il convient de rappeler que pour les pays qui subventionnent les produits pétroliers, la baisse du prix impacte peu les consommateurs. A moyen terme, des ajustements violents des prix sont envisageables faute de « régulateur des marchés » disposant de marges de production. Compte tenu du poids des pays du Golfe dans les réserves et la production, le marché pourrait aussi intégrer une prime de risque liée à la situation géopolitique de cette région.

Dans le second scénario qui postule une intervention de l’OPEP, les non OPEP valoriseraient sans contrainte leur production. Il y aurait de la place pour des LTO à des coûts plus élevés par rapport au premier scénario. Ce deuxième scénario entraîne une perte progressive de part de marché pour l’OPEP. L’enjeu est donc de savoir si l’optimisation des revenus pétroliers, c'est-à-dire un prix multiplié par des quantités, serait favorisée par cette stratégie. C’est le potentiel de développement des LTO qui est interrogé ici. L’Arabie Saoudite a préféré ne pas attendre un hypothétique déclin des LTO en optant pour le premier scénario. Dans une récente déclaration, le Ministre saoudien du pétrole a clairement indiqué qu’il attendait des pays producteurs non OPEP une action concertée. La réponse de la Russie sera déterminante.

Quel que soit le scénario, les impacts sur les pays producteurs seront majeurs. La baisse des revenus fragilise leurs économies. Les prix actuels sont insuffisants pour assurer l’équilibre budgétaire de la quasi-totalité des pays producteurs. La stabilité politique de certains peut être mise en cause.

La situation actuelle du marché pétrolier est donc très incertaine. Son évolution dépendra de divers facteurs dont deux majeurs :

  • Le potentiel des LTO et leur résilience vis-à-vis de la baisse des prix. Ces points font encore aujourd’hui l’objet de débat mais une certitude s’installe : la recherche de gains de productivité et les progrès technologiques ont permis des baisses de coût extrêmement importantes depuis 5 ans. La hausse régulière de la production laisse aussi présager un potentiel considérable, loin d’un simple phénomène de bulle.
  • Le contexte géopolitique et son impact sur les investissements et les flux pétroliers. La stabilité des pays producteurs ne disposant pas des réserves financières d’un pays comme l’Arabie Saoudite (700 G$) est une vraie interrogation. La levée de l’embargo iranien peut modifier la donne (potentiel de 1 Mb/j à court terme). Enfin une dégradation supplémentaire de la situation géopolitique au Moyen-Orient ne peut être exclue.

 En savoir plus :

+ Prix du pétrole : impacts sur l'économie française
   Fil d'actu IFPEN du 18 Février 2015

+ Prix du pétrole : tendances et impacts
   Fil d'actu IFPEN du 16 Février 2015

+ Zoom : "Comprendre la baisse des prix du pétrole et ses impacts - En 18 questions" >>  Entretien avec Olivier Appert, président d'IFP Energies nouvelles

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